06 mai 2008

Vous n'êtes pas moderne donc infréquentable

Un magazine  titre ce mois : haute-définition, c’est le moment d’y aller.

Fort de cette caution opportune j’ose vous l’avouer : si vous possédez  encore un vieux téléviseur cathodique « pixel plus « à contraste renforcé – celui là même dont vous étiez  fier il y a deux ans – vous êtes devenu un has-been, un looser, un type que quand on le croise dans la rue on change de trottoir en crachant par terre.

. Et ce prolongement derrière votre tube cathodique ? Une inesthétique excroissance dont on se demande comment vous pouvez, à l’image de vos parents et arrières grands-parents – vivre avec (sauf fétichisme  phallique marqué mais bon).

Entendons nous bien, votre image à beau être excellente, votre son stéréo et votre écran sans courbure, vous passez quand même en toute inconscience à coté d’une pure merveille : une image à haute définition, un son surrond et un écran plus plat que platIl n’y a rien de personnel dans ce jugement. Simplement, vous n’êtes pas moderne donc infréquentable (ou alors vous êtes pauvre ce qui est méritant et honnête mais pire).  Vous vous contentez des miettes de la civilisation, de ses restes technologiques, du tout venant. Vous raisonnez  comme si une télévision était conçue pour regarder des programmes alors que chacun sait qu’elle existe pour magnifier votre salon, épater les voisins ou percevoir le détail des sourcils de la dernière trouvaille de Star Academy.

Encore faut-il, dans cette guerre des mirages, choisir le bon camp. Si vous êtes «  HD ready «   ( 576 lignes de 720 points soit 920600 points  au total ) et pas «  full HD «  ( 2073600 points ) vous avez perdu. Et si vous avez opté pour un HD-DVD au lieu d’un Blu-Ray (le dernier standard des lecteurs de DVD ) vous êtes un pigeon ( et un pionnier mais un pigeon quand même ).

Enfin, pour l’instant car le futur est aux lecteurs holographiques  et aux écrans souples.

En outre la plupart des programmes étant au format standard, les constructeurs doivent réaliser des prouesses  technologiques pour  afficher sur un écran HD une image simple définition sans en détériorer la qualité.

Mais tout est mis en jeu pour que, affectivement ou rationnellement, nous n’ayons pas le choix. L’achat n’est plus un acte de plaisir, une folie que l’on s’offre, le fruit d’une longue réflexion, l’attente d’un meilleur service. C’est une obligation, une impérieuse nécessité, l’aboutissement logique de cette échelle de valeurs implicite qui traverse la société.

Cette course à la modernité – donc à la consommation donc à la vente – dessine en creux un univers lisse, presque clinique. Le flou, l’incertitude, le choix doivent en être bannis comme autant de pustules malodorantes (ah la publicité toujours inventive pour les papiers toilette et les diffuseurs de parfum).

Les lessives et autres produits de nettoyage nous proposent un univers aseptisé. Les constructeurs de voitures un univers plus sûr dans l’habitacle renforcé de leurs véhicules. Les monopoles de l’agroalimentaire un univers médicalisé (bien que ravagé par des industriels comme Monsanto), saturé d’aliments aux vertus pseudo-soignantes. Les professionnels de la sécurité nous promettent un univers plus policé grâce aux vertus de la  télésurveillance et autres droides. Les industriels des médias nous offrent un univers plus net à travers le prisme de nos superbes écrans. Les professionnels de la politique, enfin, chantent un univers de rêve ou la complexité du monde est occultée par le biais de formules choc et d’alternatives tronquées.

Ce que l’on nous propose, en fait, c’est un univers, pour tout dire, de maison de retraite de luxe.

Posté par amigotaichi à 19:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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